Courir dans le désert

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Certaines périodes de l’existence ressemblent à d’immenses déserts qu’il faut traverser. Le soleil y brûle cruellement en journée, la nuit y est silencieusement glacée. On trouve ça et là quelques oasis, dont on ne sait jamais trop s’ils furent réels. On reprend inlassablement la route chaotique sans certitude aucune que celle-ci finira jamais ou que les oasis précités reviendront. La soif d’espoir intarissable ne soulage guère les pieds lourds accrochés au sol, lorsque le sable s’infiltre insidieusement et entrave le déplacement. On pourrait parfois croire que des grains de sable se sont glissés dans l’âme comme celle-ci, devenue subitement trop pesante, nous démange.
Comment gratter l’âme? Je cherche encore l’outil magique. Le gratte âme qui retirerait les salissures et les poussières de nos misères pour ne laisser que l’éclat de nos joies. Noël vient, l’objet sera en bonne place sur ma liste au Père Noël puisque Dieu semble aux abonnés absents.
En attendant cette trouvaille révolutionnaire, j’ai retrouvé récemment mes Adizero, somnolentes dans le placard depuis le début de l’été.
Elles ont semblé interloquées de me voir encore en vie. Mais puisque de vie il est et sera toujours question, il convient d’en faire quelque chose, précisément.
Il est difficile de trouver un chemin quand le soleil aveugle et la nuit tétanise. Les tentatives sont maladroites. Mais qu’avons-nous d’autre à notre disposition que l’essai? La vie au quotidien, celle que nous connaissons tous, n’a aucun plan d’entrainement, nous sommes lancés dans une immense course d’endurance et certains présentent assurément plus d’aptitudes que d’autres.
Mais l’aptitude n’est pas évidemment une chance. « Quel que soit ton 100%, donne le » disait le déchu Lance Armstrong.
Je reste fidèle au rêve qu’il incarnait.
Je reste fidèle au principe de rêve, malgré les morsures du réel. Les blessures, les déchirures rendent la course plus pénible, elles font douter, mais elles ne sauraient signifier qu’il faut s’arrêter et faire demi-tour.
Petit à petit, avançons donc.
Et pour avancer plus vite, j’ai fait simple, modeste et discret. Je me suis inscrite au semi-marathon et au marathon de Paris 2013.
La nouvelle n’a plus étonné comme j’ai déjà bouclé un marathon et un semi. Et pourtant, c’est bien l’éternelle inexpérience. D’abord parce que j’ai perdu une bonne partie du peu de niveau que j’avais acquis et ensuite car les cartes ne sont plus les mêmes.
Mon premier marathon avait été préparé avec mon mari, excellent coureur et coach attentif.
Celui-ci le sera seule.
Les routes se séparent, les courses se font en parallèle et puis certains n’étaient finalement pas dans les mêmes sas de départ. Aussi, chacun devra courir selon son niveau, ses possibles, ses envies, ses handicaps et son équipement, avant de tous nous retrouver sur la ligne d’arrivée.
D’ici là donc, comme j’ai déjà commencé à le faire, il faudra sortir seule le matin avant d’aller travailler, trottiner seule dans les allées du bois le soir venu, quand il neigera à nouveau, et puis me contenter de moi-même durant les séances longues du weekend, avant de rentrer me pelotonner au chaud.
Il est bien difficile de tenir les promesses qu’on fait aux autres, mais les plus compliquées demeurent encore celles que l’on se fait à soi-même, à l’abri du jugement de l’autre, au delà de sa déception.
C’est bien de cela dont il s’agit: ne pas s’abandonner sur le bord de la route. Faire une bonne équipe dans la solitude avec soi-même. C’est aussi cet enseignement que peut offrir la préparation d’un marathon. C’est la pari que je fais.
J’ai commencé à courir pour fuir les monstres de placard. Il n’aurait pas fallu s’arrêter.
Parce que la vitesse garde le mouvement, que le mouvement protège de la chute, que chaque pas de plus raconte l’histoire, même minuscule, que reculer c’est se perdre, et que les fourmis dans les jambes font oublier les « gratouilles » de l’âme.
Subterfuges et stratagèmes. Arrangements et agencements.
Et car comme le dit le chanteur en vogue et en colère: ce qui ne tue pas rend têtu.
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De la médiocrité.

Les semaines passent et le silence investit pudiquement cette place virtuelle. Je continue à écrire pour Zatopek, le journal. Dans le prochain numéro, vous trouverez un beau portrait et deux critiques d’ouvrages. Et puis en fait de course à pied, finalement? J’ai certes continué à courir, mais davantage après les vicissitudes du quotidien, cette fois. La vie est un marathon. Il convient de ne rien lâcher à la faiblesse, tout en sachant ralentir intelligemment lorsque le train s’emballe, se ravitailler aussi quand on peine trop, et ne pas désespérer face aux murs, qui surgissent abruptement.Je remercie ici les membres fidèles et investis de la Runnosphère qui ont envoyé de petits mots dans la nuit.Je pense à Sandrine, à Grégory et aussi à Giao. Je vous remercie de votre présence, de cette main tendue pour saisir le relai de tristesse.

Pour revenir à du pragmatique, j’ai repris un abonnement à la salle de sport qui jouxte mon travail, si bien que je peux aller courir avant ma journée ou couper celle-ci sans aucune pitié sur la pause midi.Il y a un ennui terrible et à la fois un réconfort insidieux à courir sur un tapis roulant.J’en arrive à une conclusion bancale, mais une ébauche d’idée néanmoins.

Peut-être que pour le moment j’aime cette sécurité là, comme si la liberté de pouvoir courir dans le vaste monde m’asphyxiait. Demain, je retournerai en forêt, c’est l’évidence, mais pour le moment, je me regarde en face, dans les glaces de la salle surchauffée, je compte les kilomètres scrupuleusement et j’écoute sempiternellement la même musique. Un ronronnement régulier, une routine disciplinée, un environnement sous contrôle, des visages familiers.Quand la réalité vacille, que tout échappe, on a parfois besoin de tangible, d’aucuns pourraient le qualifier de médiocre.En fait de sérénité, j’en appelle peut-être précisément à la médiocrité, au banal, au pauvre, à l’insuffisant. Comme un tremplin pour rebondir, comme un marche-pied vers le ciel, le temps de se rafistoler les ailes.

Au plaisir de courir ensemble très prochainement.

Vol de nuit

Avant Propos Hors Sujet

Tout d’abord, un peu d’auto-promotion et gonflage intempestif de chevilles. Je suis publiée pour la première fois dans le très sérieux et non moins très sympa magasine Zatopek. Si vous ne le trouvez pas en kiosques, notamment en province, il est toujours possible de le commander en ligne. J’y signe un modeste sujet de deux pages, relatif aux causes charitables soutenues par les coureurs à pied. Pour les prochains numéros, je participerai également mais je vous laisserai la surprise de découvrir les sujets retenus…Tout ce que je peux vous dire dès à présent, c’est que ce sera vraiment très chouette !-Et vous voilà bien avancés, assurément 😉

Par ailleurs, je profite de cet avant propos pour redire que dimanche prochain, je cours le semi marathon de Rueil-Malmaison, la ville de mon enfance, en famille et sans objectif si ce n’est de courir 21 kilomètres, et ce grâce à l’invitation gracieuse de l’organisation, par le biais de la très aidante Runnosphère ! Merci à tous  pour cette joyeuse opportunité. J’y retrouverai entre autres le grand patron survitaminé de la Runnosphère, l’ami Grégory.

Enfin, j’ai récemment fait l’acquisition d’une paire d’Adizero Adios de première génération, sur ce site de déstockage bien fourni. Les chaussures sont arrivées sans encombre, dans leur boite d’origine, sous 48H, en parfait état et j’ai donc pu le soir même aller les essayer dans le bois de Vincennes. Une réelle sensation de légèreté, une fluidité impressionnante, vraiment l’impression d’aller plus vite: ce qui n’a pas été démenti par ma montre Garmin comme celle-ci m’a révélé que j’avais, de fait, pu courir à plus de 11kms/heure pendant une heure. Vous me direz qu’il ne s’agit pas là d’une performance inouïe, même pour une toute petite souris, mais je dois confesser honteusement que depuis ma reprise en janvier dernier, je me suis mal entrainée, courant en moyenne 120 kilomètres par mois, à un rythme très doux. Et qu’en outre, je suis partie 3 semaines en Inde, ce qui n’est pas l’endroit le plus opportun pour faire des fractionnés…Si bien que 11kms/heure, c’est déjà bien, au regard des ressources actuelles, CQFD.

Et sur ces tergiversations décousues, venons en donc au fait.

Vol de nuit

Hier soir, je suis allée courir à 22H. En traversant la ville déserte pour rejoindre les allées du bois de Vincennes, je ne m’attendais à trouver personne. Il me faut tout de go préciser ,afin de vous rassurer, que je ne cours pas exactement dans le bois à la nuit tombée. Les faits divers rabâchés inlassablement dans les médias ont eu raison de mon enthousiasme originel et la crainte, après quelques bonnes frayeurs en outre expérimentées personnellement, a finalement pris le pas sur ma foulée: je me contente désormais de courir en bordure de bois, sur les voies cyclables qui longent aussi la route éclairée.

Bien que je ne rentre donc plus dans la forêt, l’odeur des arbres déborde sur les allées adjacentes. La journée passée semble comme transpirer sur le macadam chaud et le vent léger agacer malicieusement les feuilles. J’ai coupé la musique convenue de mon iPod pour écouter cette surprenante et discrète mélodie. Et puis, alors que je ne m’attendais à croiser aucune âme, j’ai vu des silhouettes arpenter furtivement les bois en trottinant, et d’autres  me dépasser sur les chemins de goudron. Moi-même, j’en ai dépassé quelques unes. D’abord étonnée, j’ai fini par quitter le vide et la torpeur qui m’habitent souvent lorsque je cours- un de mes rares moments de lâcher prise face au réel– pour me demander ce qui poussait ces gens hors de chez eux, si tardivement pour venir courir. Il y a celle qui sort son chien pour sa dernière promenade, pour celle-ci, la motivation est assez évidente. Mais que penser de cet homme entre deux âges, visiblement peu entrainé, qui traîne la patte sur le chemin et souffre dans l’obscurité? A quoi pense celui d’une trentaine d’années, le physique avenant, qu’on imagine courtier en finances et plus volontiers à un « after work » en costume couteux qu’en short élimé en train de réaliser des accélérations poussives? Et que dire de cette femme la mine fatiguée mais néanmoins souriante, qui murmure une chanson dont elle semble connaitre par cœur les paroles alors qu’elle court d’un rythme régulier, insouciante comme si nous étions un dimanche matin d’été?Et quid de ce couple silencieux qui me dépasse d’un frôlement rapide de tissu? Et ce jeune homme qui hésite entre courir et consulter son téléphone visiblement plein de messages très importants?

Il fait un peu froid maintenant, l’humidité est rapidement tombée, les voitures se font plus rares sur la route, le silence recouvre chaque chose et c’est comme si toutes ces personnes s’étaient alors entendues pour faire corps avec ce moment suspendu, comme si chacun n’était qu’un passant discret, le plus inaperçu possible, comme pour ne rien déranger, ne rien troubler, ne plus rien abimer. D’ailleurs personne ne se salue et loin d’en ressentir une quelconque amertume, une sorte d’accord tacite invite en réalité chacun au silence. Certains adresseront un regard entendu teinté d’un vague sourire, d’autres préfèreront rester dans leurs pensées. A cette heure là, pour les coureurs de la nuit, les conventions sociales n’existent plus, ou du moins la liberté prend-elle alors le pas. Au fond, pour sortir à cette heure, sans doute faut-il une bonne raison. Une raison qui se suffit assez à elle même pour ne pas souhaiter penser à davantage.

Je songe à ce que l’on laisse derrière soi lorsque l’on court, ce à quoi on tente d’échapper imperceptiblement. Je pense à ceux qui ont eu une simple mauvaise journée. Je pense à ceux qui sont plus sérieusement dans une mauvaise passe. Je pense à ceux qui, plus profondément encore, ont besoin de cette échappée là. Certains se seront peut-être brouillés avec leur conjoint, d’autres n’auront peut-être plus de conjoint, d’autres penseront à leur travail ou celui qu’ils attendent, et puis d’autres encore n’auront finalement pas trouvé le sommeil. A chaque individu son histoire, mais sans doute chacun partagera alors un but commun, bien que unique et particulier, un but hors de lui, que seule l’action pourra porter. Alors je repense étrangement à Vol de nuit et ces hommes qui livrent le courrier quoi qu’il arrive. Je repense à la solitude, si magistralement décrite par ce livre. Et j’accélère un peu ma course, sur les chemins de poussières qui me ramènent finalement chez moi, laissant à leur solitude volontaire les silhouettes à jamais inconnues et refermant ainsi le livre de mes propres errances.

Jusqu’à ma prochaine sortie de nuit.

 

 

 

 

Who let the mouse out?

Voila deux mois. Deux mois que je n’ai rien trouvé à raconter tant les séances en salle se ressemblent toutes.  Les semaines passent, silencieusement mais promptement. Le décor figé ne laisse que peu de prise aux surprises et découvertes qui font la beauté des sorties en extérieur, les tergiversations tournent en boucles à l’image morne du tapis roulant. Mais finalement 2012 est arrivé avec pour moi, enfin, la possibilité de reprendre les entrainements et les sorties en extérieur.

Ma douleur à la cuisse demeure néanmoins. Certes petite, parfois totalement infime, d’autres fois plus palpable. Elle est sans règle, sans logique et sans explication. Je me suis alors faite à l’idée que je devrai, à l’avenir, faire route avec elle. Et je suis donc retournée dans la forêt armée de ma petite douleur et de mon enthousiasme.

A ma grande surprise, je n’ai pas perdu grand chose de mon modeste niveau. Je peux courir une heure à 11kms/h et faire des fractionnés où j’enchaine les kilomètres tantôt à 12, tantôt à 10. J’ai aussi bouclé une sortie longue de 22 bornes en deux heures. De retour dans la forêt, je retrouve le plaisir de la liberté. Mais en revanche, beaucoup moins celui de la solitude: diantre, qu’est ce qu’il y a comme monde dehors le dimanche matin ! A n’en pas douter, la course à pied devient un sport « tendance ». Je croise des coureurs de tous les niveaux, de tous les âges, en couples, solitaires ou entre amis, équipés ou en slip, il y a précisément de tout. Le bois bourdonne de discussions animées et résonne des nombreux pas. Égoïstement, je regrette vaguement cet engouement soudain, tant l’an dernier, à la même époque, elle était vide ma forêt. Mais enfin c’est ainsi, il convient de savoir partager, semble-t-il, y compris la liberté…

Du coup, comme la course à pied s’avère en vogue, les publications sur le sujet fleurissent. Pour ma part, j’ai collaboré au dernier numéro du magazine Zatopek qui devrait prochainement sortir en France. Mon article évoque le fait de courir pour une cause et propose une petite mise en lumière de mon association, The Brooke. Quant aux prochains numéros du journal, je ne vous en dis pas davantage pour ménager mon petit effet, mais j’ai dors et déjà une petite rubrique de prévue et un merveilleux portrait à vous proposer cet été. J’ai grand hâte !

Enfin, je profite de ce billet pour remercier chaleureusement Greg, le CEO de la Runnosphère. Grâce à lui et son engagement, mon Shah et moi avons pu bénéficier de dossards pour le semi marathon de Rueil-Malmaison. Ayant vécu de 0 à 10 ans à Rueil, cette course me tient tout spécialement à cœur. Pas tant que j’espère y faire une incroyable performance, mais il s’agit pour moi d’un petit pèlerinage, d’autant plus sympathique que ma famille viendra nous encourager. Mon grand père, né en 1929, quittera exceptionnellement son douillet fauteuil pour voir ses petites filles cavaler. J’évoque un pluriel comme j’entraine ma jeune cousine dans l’aventure. Ce sera donc une course familiale et conviviale pour revenir tout doucement dans la course, au sens propre et figuré.

Enfin, je réfléchis très sérieusement à l’opportunité de m’inscrire dans un club. Mon maigre niveau n’intéressera sans doute pas une équipe, mais pour moi ce serait sans doute l’occasion de glaner conseils et encouragements.

La suite au prochain numéro.

Miroir, mon beau miroir.

Alors que le Coach Shah s’amuse à planter ses griffes dans les troncs d’arbres de la forêt, moi, la déchirure dans la cuisse et l’âme en peine, j’ai du me résoudre à m’inscrire pour trois mois dans une salle de sport afin de m’entretenir sans trop solliciter ma blessure.

L’endroit est hautement bruyant et généralement bondé. Les couleurs des murs, sans doute un temps chatoyantes, sont aujourd’hui un peu écaillées. Les douches attestent d’une propreté approximative. Le petit hammam et le minuscule sauna ne prêtent guère à la relaxation, mais suffiront cependant à être le témoin de force persiflages: les femmes se musclent assurément la langue faute de mieux. Néanmoins, le lieu se vend et se veut toujours résolument « tendance » et à la pointe. Ne me demandez pas à la pointe de quoi, car je ne saurais vous répondre. Mais à en juger par les tenues couteuses fièrement arborées par les adhérents, j’ai pensé un temps que nous pourrions bien être filmés…Ne riez pas. Une téléréalité pourrait tout à fait avoir acheté les droits et la plupart des gens n’y verraient sans doute rien à y redire tant tout semble se prêter à la mise en scène. Récemment, un homme a mis une grosse droite à un autre. Le second était homosexuel, le premier vraisemblablement homophobe. Loin de s’en émouvoir, les témoins de cette scène absurde ont pu témoigner face aux policiers venus pour l’occasion. Ce jour là, il y a eu un peu plus de monde dans le sauna et le hammam. Et puis il n’y a pas de lumière. C’est fâcheux. On se dirait presque des chauve-souris. Et moi je ne suis qu’une souris, il ne faudrait pas l’oublier.  Alors pour adoucir le sentiment d’oppression, des écrans de télévision passent en boucles des publicités pour des équipementiers. De jeunes athlètes souriant courent, sautent, sur des plages ou dans les bois.  Personne n’y prête du reste vraiment attention, les regards se croisent sans se voir, on écoute de la musique, on ne se salue pas et on regarde ailleurs. On fait la queue pour accéder à une machine le dimanche matin. Généralement, les tapis de course sont les plus plébiscités…Je regarde ces gens qui attendent pour courir. S’ils ne m’étaient pas pour la plupart foncièrement antipathiques, je crois que je leur dirais que pour quelques euros ils pourraient tout aussi bien prendre le métro à quelques pas de là, filer dans le bois de Vincennes ou Boulogne et courir tout leur saoul. Mais je les regarde simplement s’aligner les uns à côté des autres comme des poulets de batteries. Moi aussi je m’aligne, comme une souris dans une roue, pour l’occasion transformée en vélo ou en marches d’escalier. Je commence à progresser sur ces exercices routiniers. De temps en temps, je vais courir quelques minutes. Ma douleur me rappelle à son bon souvenir et me précise ainsi qu’il est encore trop tôt. Je me résigne non sans me renfrogner.

Alors je retourne sur une autre machine. Je jette un œil aux écrans. Je me regarde dans le miroir auquel on ne peut échapper comme les pièces en sont littéralement remplies. Je croise des regards gênés. Tout le monde se scrute à la dérobée dans le miroir, pour vérifier tour à tour une position, une culotte de cheval, un rouge à lèvre ou un cheveu. Je crois qu’au fond tout le monde s’ennuie. Aussi on se regarde, pour se persuader de rester. Après tout, l’abonnement coûte fort cher. On a des journaux gratuits. Dehors il fait bien froid. La pause déjeuner ne permet pas mieux que ce lieu d’évasion. Et puis parfois, on est blessé et c’est rationnellement mieux rien. Et puis au fond ce n’est pas si grave et même plutôt drôle. Surtout quand on a persuadé sa meilleure amie de s’inscrire et qu’elle aussi, on la voit pédaler sur ce foutu vélo qui ne va nulle part…

La déchirure.

Après 15 jours de glandouille émérite et soutenue, je pensais naïvement que ma douleur à la cuisse aurait cédé. Certes, j’avais un peu poussé la bête lors de ma dernière séance au point d’en arriver à des coups de poignard descendant jusque dans le genou…Soit…Je n’aurais pas du courir à 12kms/h pendant une heure sur une douleur, c’est un fait avéré et j’en conviens! Cette confession faite, pourrions-nous s’il vous plait, passer à autre chose? Il semblerait bien que non… Parfois, le corps n’a aucun humour ! Car depuis 15 jours, la douleur cède peut-être, mais extrêmement doucement du terrain. Ainsi, je loupe systématiquement les rames de métros, incapable de les rattraper et ce malgré une mine pitoyable à l’adresse des conducteurs, que je sais maintenant être une bande de sadiques patentés . Je me prends  aussi toutes les averses et arrive , déconfite et trempée sous les abribus, tantôt sous le regard goguenard des passants qui eux, courent –et me prennent au passage pour une grosse feignasse– tantôt sous les beuglements agacés des automobilistes qui pensent que je traine à dessein sur le passage piéton avant d’arriver au dit abribus. Je pense sérieusement à me confectionner un panneau à m’accrocher autour du cou et précisant : « j’ai fait le marathon de Berlin en 4H alors on est pas à deux minutes ! ».  Je pourrais ajouter un « connard » à la fin, pour le rythme de la phrase. Mais d’une manière générale,  j’hésite à jouer avec le sens du l’humour du parisien en voiture, sous la pluie, à l’approche de l’hiver.

Quand à l’aube d’un matin sans soleil je me suis fait un torticolis dans mon lit, j’ai pris cela comme un signe mais avant d’aller voir un marabout pour sorcellerie, j’ai pris rendez-vous chez mon kiné ostéopathe, lui même coureur à pied. Le verdict est très vite tombé et il fut sans appel. Il s’agit d’une…déchirure ! Bravo madame, vous venez de remporter le chèque cadeau, ne quittez pas madame, vous avez vraiment gagné ! Sic. J’explique alors à l’homme de l’art que je ne fais plus rien depuis quinze jours. Je m’attends à des félicitations et des encouragements…Mais quand le destin s’acharne, il faut savoir rester forte. En réalité, il me houspille ! J’aurais du continuer l’exercice, mais à dose infime car maintenant, étant sportive, je suis vraisemblablement en train de faire…Une fibrose ! Jackpot ! Madame, vous ne rêvez pas ! C’est vraiment vrai, vous avez vraiment gagné un séjour de rêve et…Pardon. Une « fibrose » donc? C’est moi où ça fait penser à sclérose? Non, c’est pas si loin !( Cours Karim, reste pas là comme ça, tu vas faire une fibrose toi aussi ! ).

Petite explication pour les nuls ( moi, donc) donnée par le spécialiste. Le muscle s’est déchiré avant le marathon, une petite déchirure de fourbe, discrète de rien du tout mais bien réelle. Acte 1. En laissant un peu de temps une première fois sans le travailler, la semaine d’avant le marathon, il s’est cicatrisé en partie mais il n’a pas retrouvé son élasticité. En courant le 25 septembre dernier, j’ai donc à nouveau déchiré des nouvelles fibres mais dans l’euphorie, je ne m’en suis vraisemblablement pas rendue compte plus que ça. Je n’étais plus à une douleur, soyons grand seigneur…Acte 2. Et puis, par la suite, je n’ai pas eu le loisir de m’en rendre compte davantage comme j’ai à nouveau arrêté une semaine. A la reprise, rebelote, nouvelles fibres déchirées, de plus en plus cette fois au point d’en arriver aux coups de poignards d’il y a 15 jours…Acte 3. Et là, nouveau repos total…Sauf que le muscle cicatrise à nouveau, mais devient à nouveau et plus encore tout dur, plus du tout élastique et que lorsque je vais reprendre le sport, si je ne fais rien, il va reclaquer direct, d’autant que les fibres se seront remises en pagaille. C’est le cercle vicieux et l’éventuel acte final. Quelle solution alors, je vous le demande mon bon monsieur? Eh bien contre toute attente…Courir…Mais attention, courir comme une tortue à l’agonie, entre 8 et 9 kms/H, pendant 10 à 20 minutes, 3 fois par semaine et monter ainsi tout doucement les doses. Si je ne « force » pas assez, le muscle n’est pas travaillé dans son élasticité et risque de lâcher à tout effort légèrement plus intense. Si je force trop, je repars à la case départ. En fait, j’ai l’impression d’être dans un des films Saw: les dilemmes tout nuls où on se demande comment on va en sortir mais dans tous les cas, c’est sadique !Ce qui est sûr c’est que le kiné a été très clair voire flippant (plus j’y pense, plus je pense qu’il a joué dans un Saw en fait…): pas plus de 20 minutes et quand je pourrais faire 3 fois 20 dans la semaine sans ramper le lendemain, je passerai à 3 fois 30, trois fois 40 etc. La vitesse peut-être plus rapide sur de ridicules portions, car parfois et paradoxalement, courir lentement peut provoquer davantage de chocs comme on attaque par le talon. Mais néanmoins, je ne suis pas autorisée à faire 20 minutes à 12kms/h. De toutes façons, j’en suis incapable. Et combien de temps, tout ce joli petit bordel? …Attention, prête à rire? Euh…Eh bien madame, vous avez vraiment gagné, c’est sûr et certain ! Ce sera…3 mois ! Et si t’es sage, 4 mois.

J’ai presque versé la larmichette. La déchirure n’était pas qu’à la cuisse. Et puis je me suis souvenue que les souris sont des guerrières. Et que 3 mois n’est rien à l’échelle d’une vie. Même une vie de souris. Aussi vais-je tenter de prendre mon mal en patience…C’est le cas de le dire ! Et puis, j’ai le droit de faire du vélo ! (bon, j’exècre le vélo…).

Ce matin, mon chat est parti guilleret pour une sortie longue avec un copain. Moi, solitaire et abandonnée de tous, ( insérer ici l’air de « Il était une fois en Amérique » ), j’ai pris le vélo, je l’ai posé en bordure de forêt. Puis, je suis allée faire un peu moins de 20 minutes, un peu plus de 3 bornes, dans les 9, 9.5 kms/h. Certes, un peu rapide, mais le dosage s’avère subtil. J’ai senti légèrement ma cuisse mais cela restait acceptable. Après ça, je suis remontée d’un bond sur mon vélo ( Quoi? C’était un petit bond !)  et je suis allée me balader en forêt pendant une heure.  Ne nous le cachons pas : j’ai pas mal de boulot question vélo…Pour le moment, Lance Armstrong est tranquille vu que je manque de me casser la gueule sur toutes les racines, ai peur de rentrer dans les passants et me manger les bagnoles. Mais vu que je n’ai que ça pour le moment, je fais avec. Il me rend déjà un bon service ce brave vélo qui est de me sortir de mon trou et me faire prendre l’air. J’ai essayé de trouver des côtes, pour bosser un peu. Et puis je suis rentrée.

Tout ceci devrait m’emmener péniblement jusqu’à noël et si tout va bien, en début d’année prochaine, je pourrai reprendre l’entrainement de combat. En 2012 pas de marathon de prévu, mais au moins un semi marathon, voire davantage. Une bonne raison de ne pas m’acharner à n’écouter personne. Pour une fois…

Marathon J+21 jours: Blessure et Discipline.

Rien que dans le titre, on sent que le moment est à la joie, non?

Si vous avez tout bien suivi, il y a exactement 21 jours aujourd’hui, j’étais …(attention,pour les vidéos, âmes sensibles, s’abstenir. J’ai prévenu!). Il faisait à peu près le même temps qu’aujourd’hui en moins froid…Sauf qu’aujourd’hui, je suis dans mon lit! Oui, c’est très moche. Notez qu’ainsi, je peux suivre le rugby. Et étant donné que je ne comprends toujours rien aux fichues règles, il y a du travail: j’en ai bien pour quelques semaines de convalescence. Espérons qu’il ne m’en faudra pas autant.

Alors quoi et pourquoi? En fait, après analyse pragmatique et froide façon NCIS Enquête Spéciale de la situation, le coach et moi avons fait le bilan. Nous sommes partis 3 semaines aux USA et sommes revenus à 15 jours du marathon. Or, pendant ces 3 semaines, nous n’avons pas réellement couru. Certes, quelques footing de ci et de là, mais par 50C° ça calme vite les tentatives. Essaye, toi aussi, de courir dans le désert de l’Utah, tu verras, à part les serpents et les scorpions, personne ne tente le coup…Et pour cause ! Certes, nous avons marché jusqu’à 30 bornes par jour dans les parcs en alternant avec de la course lente, mais marcher n’est pas courir, ni courir vite, et encore moins faire des fractionnés: le nerf de la guerre. Du coup, nous étions jeunes et beaux, minces et l’œil vif ( oui enfin pas trop en fait) et bons pour concurrencer David et Victoria, mais pas vraiment au mieux pour une préparation marathon….(Garde la pose mon Shah…)

Mais il y a mieux dans le sac…Si, tu vas rire. En rentrant, soit 15 jours avant donc, nous avons repris comme des dingues pour « compenser »…Enfin « comme des dingues », tout est relatif, disons simplement sur les bases d’avant les 3 semaines…Erreur funeste ! Résultat, j’avais déjà cette insidieuse douleur à la jambe, cuisse pour être bien précise ( bah si, ça compte attends!), une semaine avant le marathon. J’ai glandouillé le semaine suivante, soit la dernière, mais la douleur est restée là, petite, planquée, mais réelle. Bon, enfin, moi je ne m’en suis pas trop mal sortie quand on connait le résultat du marathon. (Et tu le connais !) Même avec 3 semaines de plus dans les jambes et sans la petite douleur précédemment mentionnée, je n’aurais pas fait 3H45, ne rêvons pas et d’ailleurs tout est très bien ainsi. En revanche, force est de constater que le Shah a payé la facture. Sur le moment, nous n’avons pas vraiment réfléchi à tout ça.

De retour à Paris, post-euphorie, j’ai repris mon footing 6 jours plus tard…La petite douleur et la fatigue en bandoulière. Et un peu le blues aussi. Et depuis, je recours mais je suis fatiguée: j’avoue tout en vrac. J’ai fait une sortie de 12 bornes, correcte à 11kms/H la semaine dernière, mais sinon je me traine comme une grosse couleuvre et depuis le début du mois, je dois en être à 70 bornes maximum. Ma pauvre pote Sandrine trottine avec moi, mais clairement, nous nous trainons. Dans l’absolu, c’est pas grave de se la couler douce. L’ennui, c’est d’y être contraint. Enfin, clou du spectacle? Hier ! Je me suis vraiment fait mal lors d’une sortie pourtant estampillée 3eme âge et ça, ça me met les nerfs en pelotes, ça me grise le poil et ça m’assèche le museau…

Après cet état des lieux misérablo-rigolo, que reste-t-il à envisager? D’abord du repos. Pour la rime et aussi pour une bonne semaine, ce qui tombe bien puisque je pars sur un salon professionnel la semaine prochaine…A Essen…Station balnéaire de dingue, oui, je sais que toi lecteur, tu m’envies beaucoup, mais ne sois pas jaloux comme ça. C’est un vilain sentiment. Et vas voir sur Google, tu verras que la jalousie est inutile dans le cas présent…

Et puis, à mon retour, nous avons lu qu’il fallait tâcher de ne pas rester plus de deux jours sans courir, même pour des distances plus courtes que ce que j’ai l’habitude de faire. En outre, il faut faire…des fractionnés. Minimum une fois la semaine… Quelle bonne nouvelle…Pour ce faire, je pense chiper à ma copine Sandrine son plan d’entrainement de l’année écoulée. Cela semble lui avoir plutôt bien réussi quand on voit ses résultats ! Et enfin, d’une manière générale, il va falloir essayer d’être plus disciplinée si je souhaite progresser. Suivre un plan d’entrainement, pour voir.(A ce sujet, si quelqu’un a un plan pour un objectif 3H, je prends pour le Shah). Même si l’année prochaine je ne compte pas refaire de marathon, l’objectif est bien d’en refaire un l’année suivante ou dans les années qui viennent et donc: de progresser. Essayer de garder un équilibre entre plaisir, liberté, progression et discipline, voila le pari un peu fou de la souris aux pattes volantes.

Bon mais c’est pas tout ça, on parle, on parle…Australie-Nouvelle Zélande a commencé…