Je mets un billet sur ta tête.

Hier s’est déroulé comme prévu le marathon de Paris sur lequel j’étais engagée. Grâce à Good People Run, le réseau social pour coureurs,  j’ai rencontré des copains formidables pour aller courir, tel que Gui le mercredi matin très tôt, Laurent le week-end, beaucoup plus régulièrement Julien, quand son emploi du temps le permet : mais le partenaire d’entrainement privilégié depuis plus de deux mois, à raison de quatre séances par semaine sans exception, c’est Ludovic. Sur le semi-marathon un mois auparavant, nous avions déjà le contrat visant à me faire terminer en moins de 1H45, ce qui fut chose faite en 1H44. Mais sur ce marathon, et pour voir ses prouesses à l’entrainement, nous avions concocté un autre plan. L’idée visait à rester ensemble jusqu’au 30e kilomètre, en me calant sur mon rythme de 3H45 et qu’au 30e il me lâche pour gagner un peu de temps et voir ce qu’il avait dans le ventre. Les semaines passant, je commençais à presque culpabiliser de le « retenir » avec moi jusqu’au 30e, le condamnant ainsi à un temps au dessus de 3H30 qui ne reflétait en rien son niveau véritable.

Alors, lors de la dernière semaine, j’ai eu une idée. S’il me laissait au 30e, et se mettait à courir les 12 derniers bornes à 14.4 kms.h il pouvait finir en 3H30. 12kms à cette vitesse, je l’avais vu le faire à l’entrainement, l’inconnue résidait donc alors dans le fait d’avoir au préalable 30 bornes dans les jambes, même à une allure basse pour lui. Moi de mon côté, avec 1h44 au semi, mon objectif de 3h45 semblait le plus beau à aller chercher à ce moment de l’année.Pour conclure, je lui ai donc dit: « eh bien moi, je mets un billet sur ta tête« . Chose à quoi il a répondu: « soit, alors moi aussi« . J’ai préparé la veille deux étiquettes à coller sur nos montres respectives qui disaient « Je mets un billets sur ta tête… ». Avec un logo en forme d’avion, en référence au surnom de Ludo: l’A380. Si au 30e, nous gardions le billet sur nos montres, alors l’un et l’autre devions tenir nos engagements, bien que nous ne soyons plus ensemble. Notre promesse nous garderait liés dans nos solitudes.

Après le passage apocalyptique pour moi au niveau des quais, ponctués de montées terribles, nous avions cependant déjà remonté de presque 4 minutes sur l’objectif de 3H45. Pour moi, il fallait alors tenir les 12 kilomètres à cette allure sans baisser trop pour garder l’avance ou au moins ne pas trop m’écrouler pour ne pas faire plus de 3H45. Pour Ludovic, 3H30 était touchable de 4 minutes en moins…Alors au 30e, on s’est regardé et puis il m’a dit : « alors? moi je mets un billet sur ta tête !« . J’ai acquiescé en disant que moi aussi. Et alors que j’ai vu partir dans une accélération incroyable mon fidèle copain, j’ai hurlé dans la foule étonnée:

« je mets un billet sur ta tête mon ami !« .

Au 33e km, ma famille et mes proches m’attendaient, j’étais galvanisée. Les quais passés, l’engagement pris, je me forçais à tenir autour de 11.5 kms.h dès que je le pouvais. Sur le chemin, j’ai croisé un copain, Giao, en grande souffrance, que j’ai essayé d’encourager de mon mieux. J’ai pensé à Guillaume parti dans les 3H30 qui devait être presque arrivé. J’ai pensé à Julien qui ne nous avait pas retrouvé au départ et j’ai espéré qu’il allait bien pour son premier marathon. J’ai croisé aussi Grégory de la Runnosphère, qui m’a accompagné quelques dizaines de mètres sur les derniers kilomètres en m’encourageant avec beaucoup de gentillesse. Et dans ma tête, je pensais à mon ami, Ludo.

Il était parti au 30e mais nous courrions toujours ensemble. Mon cerveau a passé en revue toutes les séances faites ensemble, toutes ces fois où on a fait plus que demandé à l’entrainement. Et cette phrase  » je mets un billet sur ta tête« . Entêtant, incontournable. Je savais qu’il ferait 3H30 si je tenais mon 3H45. Mais je voulais à présent garder nos 4 minutes d’avance. Alors, au milieu des presque cadavres et des mines déconfites, j’ai souri. J’ai tapé dans le dos de ceux qui marchaient, j’ai même accéléré quand j’ai vu la fin arriver.

Et je suis moi aussi arrivée. En 3H41 et 14 petites secondes. Ludovic était là. Malgré les demandes pressantes de l’organisation visant à le faire avancer plus loin, il était là. Il guettait sa montre, anxieux, comme à l’entrainement. Je l’ai vu de loin. On s’est tombés dans les bras quand j’ai passé la ligne. Il avait fait 3H29. Je crois que j’ai un peu pleuré. Mon cerveau a déconnecté quelques secondes. Un homme nous a pris en photo tant l’émotion était palpable. Ces semaines d’entrainement, sous la pluie, sous la neige, dans la nuit du soir et du petit matin, tout ce temps passé ensemble à souffrir et nous dépasser, mais rire et partager aussi, c’est tout cela qui nous a porté.

Et le sourire de nos proches, leurs encouragements, leur gentillesse et leur présence, l’après-midi qui a suivi, cette fois tous ensemble, avec Gui et son 3H29, et Julien et son 3H59 pour son premier marathon et pas mal de blessures et autres contrariétés sur son agenda d’entrainement. Nous remettons ça fin septembre.

En attendant, ce jour restera pour moi le jour où j’ai souffert certes physiquement, où il a fallu du mental fort comme sur chaque course telle qu’un marathon, mais ce chronomètre, s’il faut l’attribuer à une chose, et une seule, ce serait définitivement à l’amitié. Je mets un billet sur la tête de l’amitié. Merci mon ami.

friendshipDuo NB

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8 réflexions sur “Je mets un billet sur ta tête.

  1. Je n’ai qu’un mot à dire : BRAVO !
    A tous les 2, à votre amitié si belle à lire et à voir et à votre force et votre rage !
    Avec christophe, on était postés entre le 13e et le 14e jusqu’à l’arrivée de la flamme 5h. On ne vous a pas vu passer. Tu étais à bord de l’A380, forcément 🙂
    Je suis très heureuse de lire ces lignes. Bravo encore pour cette très belle et forte aventure !

  2. Encore un superbe billet avec une fin en apothéose.
    Après tous les moments de doutes, les entraînements difficiles, vous être sacrément bien récompensés de votre travail.
    Mais il n’a vraisemblablement pas été le seul à vous faire réussir cet énorme challenge. C’est une belle amitié qui a coulé dans vos jambes pour atteindre vos objectifs !

  3. Bravo, je finis la lecture avec les yeux humides. Je mets un billet sur ta tête, la phrase est comique hors-contexte, mais quand j’ai vu vos montres avec l’inscription et le petit avion, je me suis dit que le sport c’était aussi ça. Vous avez fait de belles choses, je me suis amusé à raconter les exploits de ton coach qui a fini à 14km/h de moyenne au boulot. Je devais surement avoir une mine ravie. Ma pote a fait un temps et a couru aux côtés d’un A380 qui a fini de s’envoler au 30ème. Bravo !

  4. Très beau récit Anso! Comme le dit Peter ça donne les larmes aux yeux! Se retrouver sur la ligne d’arrivée fut un intense moment mon amie 🙂 on remet ça en septembre et à dans 2 semaines pour la reprise et aussi mais surtout pour se retrouver et partager d’autres moments ensemble!
    Biz l’amie!

  5. Magnifique compte rendu … On sent l’amitié et aussi que tu as tout donné. Félicitation pour votre marathon a tous les 2 !

  6. C’est beau ! Même si on court seul(e), on est rien sans les autres ! Définitivement rien. C’est mignon l’idée des étiquettes avec l’avion 😉

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