De l’engagement.

203Avec mes obligations de compte-rendus bien normales étant à la fois membre de la « Runnosphère » et ambassadrice de Good People Run, j’en aurais bien délaissé mon vieux blog souvent silencieux. Mais je ne peux l’abandonner ainsi, car quelque part, au tout départ, avant le journal Zatopek qui m’a fait confiance il y a plus d’un an sur ce seul blog, et avant Runner’s World pour lequel j’ai la joie de pouvoir annoncer qu’un de mes articles est actuellement en cours de relecture en interne pour la publication française, il n’y avait que lui, ce petit blog. Alors, je lui dois un billet, pour raconter ma participation au semi marathon de Paris. A toi lecteur, je commencerai par te révéler ce qui préoccupe souvent l’esprit. Le temps et l’objectif car là n’est pas, paradoxalement, l’essentiel de mon propos. Je visais 1H45 pour me rassurer en vue de ma participation au marathon de Paris avec un temps espéré de 3H45. C’est chose faite comme je termine ce semi en 1 heure, 44 minutes et 22 secondes cruciales s’il en est. Mais le meilleur reste à venir. Par le biais du site Good People Run cité précédemment, j’ai rencontré plein de gens très sympathiques, et des sous-groupes se sont formés. Pour ma part, j’ai rencontré Ludovic qui prépare le marathon de Paris sur les bases du même plan d’entrainement et  a le même objectif que moi. Ainsi, et bien que je sois plutôt solitaire et farouche dans mon approche de la course à pied, nous avons tout de même l’un et l’autre convenu que de nous lever à 6H du matin pour aller courir chacun seul au bois, ou nous cogner nos séances de fractionnés toujours dans la solitude pouvait certes présenter l’intérêt non négligeable d’une occasion propice à l’introspection intensive mais que l’expérience touchait vite les limites du découragement, surtout lorsque la température chute en dessous de zéro. Ainsi, nous sommes partis sur un plan d’entrainement en 8 semaines, hybride entre 3.30 sur les séances longues et 3.45 sur les fractionnés ( pour ma part en tous les cas, car lui tient à la fois sur les fractionnés et les fonciers les objectifs de 3.30). Pour nous affuter quant à notre esprit d’équipe en vue du jour J, je l’ai convaincu récemment de participer avec moi au semi-marathon de Paris. Ludovic, toujours positif et enclin à répondre présent, a donc accepté:  j’ai fait en sorte de lui trouver un dossard par le biais d’un copain qui le laissait pour rien et nous convimes dès le départ que nous resterions ensemble sur une base nous permettant d’aller chercher un 1H45 de bonne augure pour l’objectif de 3H45 du marathon. Pour des raisons aussi techniques que sans intérêt, relatives à une attente interminable pour accéder à la cabine des WC, nous avons finalement rejoint notre SAS de 1H50 dans les derniers. Et lorsque le départ fut donné, nous nous sommes heurtés au premier problème majeur qui devait en grande partie nous pénaliser par la suite: rattraper le temps, dépasser tous ces gens partis sur une base de 1H50 pour essayer de recoller à notre objectif de 1H45. Evidemment, dès le premier kilomètre, nous prenons une minute dans la vue. Moi je donne la vitesse en temps réel et Ludovic contre-vérifie le passage à chaque kilomètre. Nous devons donc nous adonner à notre grande passion du fractionné pour tenter de rattraper cette minute, qui n’est déjà pas si terrible quand on considère auparavant les efforts que nous avons du faire en termes de contorsion pour nous faufiler jusque là parmi les 1H50. Les kilomètres défilent plus vite que les secondes, et nous ne rattrapons pas la minute perdue. Nous courrons donc ce début de course après cette satanée minute, une obsession, une proie qui préoccupe toute notre attention. Une minute presque incarnée que nous allons finalement réussir à, enfin, rattraper. Cette minute, nous l’assassinons sans remord et avec un grand soulagement. Nous sommes enfin sur notre base de 1H45. Mais évidemment, l’un et l’autre voulons nous assurer de ne pas nous reposer sur nos lauriers,  la minute n’est que laissée pour morte,elle peut nous rattraper à son tour, ainsi donc nous profitons des descentes pour engranger des secondes de réserve et la semer pour de bon. Toujours sans nous perdre de vue, en restant sur notre double check vitesse en temps réel pour ce que ça vaut et vérification précise au passage au kilomètre. A un moment de la course,  sans que je puisse précisément dire lequel, nous avons réussi à avoir plus d’une minute d’avance, de 5 secondes mais…C’était sans compter le 16e kilomètre qui annonce la montée dans la rue de Reuilly. Nous avons convenu de ne prendre aucun ravitaillement. Pour nous, ce dimanche, ce semi, il s’agit de nous mettre en conditions marathon et jusqu’au 20e nous voulons pouvoir tenir sans rien du tout. Alors nous ne buvons rien et ne mangeons pas davantage. Dans la montée, je sens que mes jambes mais davantage ma tête commence à me trahir.  Je doute. Ludovic le sent et se colle donc devant moi pour nous frayer cette fois un chemin, je n’ai qu’à le suivre et garder la foi. Sentant à un moment mon désarroi, il me glisse rapidement un « courage, ça ne monte bientôt plus« . Je m’accroche sans lui répondre. Nous continuons notre parcours, ultra-concentrés sur le fait de ne pas nous perdre l’un et l’autre dans la foule indisciplinée, rester sur nos objectifs, je lui donne la vitesse, et lui il me confirme les secondes de sécurité en plus sur le 1H45. Et puis au 19e, je craque. Je lui dis dans une vague de découragement: « vas-y, pars, lâche-moi, il te reste deux kilomètres, tu peux faire la différence« . Je me dis que je vais reperdre la minute mais que je peux tenir mon objectif de 1H45. Et que lui mérite d’aller chercher un 1H43 voire pourquoi pas moins encore. Mais c’est sans compter sur l’engagement passé au départ. Car dans un léger flou de fatigue, j’entends mon   pote me répondre  » ça va pas ou quoi? Je te lâche de rien du tout, on a dit: on commence ensemble, on le fait ensemble,on finit ensemble. » Alors, les deux derniers kilomètres, je n’ai pas ralenti, pas pour moi, mais pour lui, lui qui aurait pu sans aucun problème accélérer comme il le fait à l’entrainement depuis 3 semaines, il l’aurait pu, je le sais, il le sait, mais ce jour là, l’engagement que nous avions pris avait plus de valeur pour lui que sa propre réussite. Et ainsi, parce que lui n’a pas accéléré, moi j’ai mis davantage et c’est ensemble que nous avons finalement passé la ligne d’arrivée.En moins de 1H45. En respectant ce que nous nous étions fixés moralement, en nous dépassement sportivement. Au delà du résultat chiffré sans intérêt, je retiens de ce moment la valeur de l’engagement qu’à eu cette personne à mon endroit. Il lui eut été facile, dans l’euphorie du moment, de me laisser dans les 2 derniers kilomètres, pour faire sa course, considérant qu’il m’avait déjà suivie plus ou moins sur tout le parcours car lui était bien plus à l’aise qu’il ne le sait lui-même. Personne ne lui en aurait tenu rigueur et certainement pas moi, j’aurais déjà été reconnaissante du chemin fait ensemble, mais tels n’étaient pas les termes du contrat. Et alors que tout aurait été prétexte à s’en affranchir, il est resté, en se retournant pour vérifier que je ne décrochais pas. La base line de Good People Run dit, « et si la course à pied était un sport collectif?« . Hier, j’ai su que si celle-ci demeure toujours une expérience humaine, donc intrinsèquement solitaire, vécue seule au plus profond de soi, il n’en demeure pas moins possible de le faire avec un autre être humain à ses côtés. Ce n’est rien d’autre que cela être une équipe, irrémédiablement seuls, comme tout individu l’est toujours, mais ensemble.

Pour le marathon, nous avons convenu de faire nos 30 premiers kilomètres ensemble. Puis, chacun continuera selon son chemin à lui.Car c’est aussi cela la force et la symbolique de la course à pied. La liberté. On peut tout à loisir contractualiser de courir parfois ensemble, du début à la fin, et parfois de se laisser partir. Partir, mais pas se quitter. Comprenne qui le voudra ou le pourra, l’infime et merveilleuse nuance.

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11 réflexions sur “De l’engagement.

  1. Quel beau récit ! Il aurait été tellement plus facile pour Ludovic de continuer à son rythme mais par respect pour l’engagement que vous vous êtes fixé et sûrement aussi par amitié, parce que l’amitié permet se genre de force, vous êtes restés unis jusqu’au bout de votre objectif.
    Un grand bravo à tous les 2 !
    Comment feras tu après le 30e sur marathon ? Quelqu’un prendra le relais de Ludovic ? Personnellement, mais il ne s’agit que de mon expérience personnelle, lors de mon marathon j’avais également couru les 35 premiers kilomètres avec Philippe (Pink Runner) et les 7 derniers seule. Et ça m’a bien convenu. J’avais envie de rester dans ma bulle et de terminer seule ce challenge que je m’étais lancée. Pour autant, je dédie toujours ce marathon à Philippe car, je le sais sa présence sur les 35 premiers km a été essentielle et elle reste inoubliable.
    Bonne suite ! Le meilleur est à venir 🙂

  2. Oui, ce fut un beau moment. Et d’ailleurs, tout comme avec toi même si nous n’avons plus l’occasion de courir ensemble, la course à pied draine des gens gentils et sains, et j’ai fait de belles rencontres. Ludo, c’est clairement une belle rencontre. Le deal c’est que comme c’est un peu son « test » à lui, il me soutienne jusqu’au 30e, il sera super à l’aise, je n’ai qu’à le voir à l’entrainement, mais nous sommes partis là dessus, il reste jusqu’au 30e et puis les 12 derniers,je les fais seule, mais avec mon équipe de supporters, sur laquelle je compte 🙂
    Je ne redoute pas ce moment de solitude et je partage ton sentiment quant au fait qu’à un moment, comme dans la vie, certaines parties du voyage se font ensemble et d’autres seul.
    Après cela, il est convenu que Ludo fasse son test VMA, moi aussi pour voir si j’ai progressé de 15, et si Paris n’a pas été une hécatombe, on parle déjà d’un marathon d’automne, où pour le coup, chacun ferait sa course seul, selon son objectif. Nous avons aussi Julien qui doit nous rejoindre dans l’entrainement mais qui est actuellement blessé. Et toi? NYC cette année?

  3. Pingback: Mon semi-marathon de Paris 2013 | Greg Runner

  4. Beau récit de course comme on aime les lire.
    La course à la minute au début de la course, dans la cohue, a dû te prendre pas mal d’énergie. Heureusement que Ludo était là pour te faire travailler le mental. Une bonne leçon qu’il t’a aidé à prendre et qui te servira pour le MDP.
    En gros, le truc à retenir pour le marathon.
    – Pas attendre les dernières minutes pour bien te placer dans le sas de départ,
    – Que quand tu veux plus, tu peux encore… 😀
    En tout cas, ça augure du bon pour le MDP. Bon courage et bonne fin de prépa!

  5. Très beau récit Anso! Et merci beaucoup pour tous les compliments! Ce fut une très belle expérience tant sur le plan sportif qu’humain! Et moi aussi j’ai fait une belle rencontre!
    On ne va pas s’arreter là!

  6. Comme je me retrouve dans ce texte.
    Voilà plus d’un an que j’accompagne celle qui était à l’époque une collègue de travail et qui maintenant est une amie. Elle a fait certaine course seule avec de belles réussites. Mais je savoure celles que l’on a pu faire à deux… 2 à 3 entrainements communs par semaine ça forge une équipe et une entente ! Quel plaisir de la voir, en direct, réussir les challenges qu’elle se fixe ! Ce week end elle a fini son premier semi à Rueil mais elle est aussi passée sous les 2heures et de très belle manière. Je l’ai suivi tout le pacours aussi silencieux que possible, lachant quelques encouragements par ci par là… je m’en serai voulu de ne pas avoir vécu ça en même temps qu’elle 🙂
    Je comprends ce que vous partagez c’est à refaire à volonté 🙂

    • Oui, c’est assez chouette et en cela, les technologies modernes, c’est quand même génial, ça permet à des gens qui n’auraient jamais pu se rencontrer, de se trouver pour partager de supers trucs. Et clairement, ça crée des liens, sains, simples et vrais. C’est rares aujourd’hui de pouvoir encore trouver ça mais le sport, et un truc de chien comme la course, permet encore de créer ça. 🙂

  7. super récit qui m’a emu pour tt ce qu’il dégage bien au delà des chiffres et qui permet de croire encore que la nature humaine est belle. le MDP sera j’en suis sûre encore une belle aventure à patager avec ludo et avec nous ensuite à travers le récit. bonne fin de journée

    • Merci…
      Je nous souhaite de vivre un joli moment.
      D’ici là, ce matin, nous étions à 6H15 dans le bois de Boulogne pour le footing endurance de la semaine…Préparer un marathon avec quelqu’un, c’est clairement faire un bout de chemin…Au delà des chiffres et des résultats, en effet.
      Et j’espère n’avoir que de bonnes choses à raconter après le MDP : )

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