Relegere Vs Neglegere

Le mot religion semble avoir une étymologie discutée. Cicéron entend faire dériver celui-ci du latin relegere qui s’oppose à neglegere comme le soin et le respect s’opposent à la négligence et à l’indifférence. Je m’en tiendrai à ceci, puisque ce concept fait aussi écho à la Reliance d’Edgar Morin. En outre, lors de mon dernier article pour Zatopek je m’entretenais avec un curé coureur, spécialiste du cross et du 5000m qui officie toujours en ASICS orange. ( L’article vaut, au passage, son pesant d’or et non pas parce qu’il est écrit par votre servante mais simplement car l’homme présenté est simplement formidable).  Aussi, lui et moi devisions honnêtement sur la perte de vitesse justifiée de la religion aujourd’hui alors que l’on assiste à l’inverse à une montée en puissance d’un sport comme la course à pied. Comme le dit l’article, les évènements sportifs ont remplacés les « grandes messes » pour aller « au delà ». Les mots semblent parler d’eux-mêmes.

Lorsque j’ai découvert le site Good People Run j’ai été frappée immédiatement par leur punch line, en apparence dynamique et commerciale: « Et si la course à pied était un sport collectif ?« . La question était pourtant posée aussi subtile que vraie. Car bien au delà sans doute de ce que l’on peut en penser au premier coup d’œil, il conviendra tout de même de s’intéresser à la dimension humaine d’une pratique comme le fait de courir, seul et/ou avec un autre. Je vois, ça et là, de nombreux blogs- sur lesquels je me garde bien de porter un jugement de valeurs– qui parlent de performances personnelles, d’objectifs à atteindre, de matériel à tester le plus souvent ( je me suis d’ailleurs également livrée à l’exercice récemment), mais assez rarement de lien, ou simplement de concept comme l’engagement, la discipline ou encore la liberté. On peut cependant,  pour nuancer le propos, à l’occasion trouver de vrais récits humains de communautés, pour ceux notamment qui sont adhérents à un club ou des communautés de blogueurs.

Mais dans un monde de plus en plus relié virtuellement mais égoïste humainement, quid de l’individu dans le doute? Quid de celui qui est seul et perdu dans une existence souvent bien difficile à appréhender? Du petit, du faible, du débutant, du blessé, du mal habile? Qu’advient-il de l’athée qui n’a pas vraiment la foi absolue et parfaite mais cherche sa voie néanmoins, autrement peut-être, mais n’abandonne pas et essaye au moins de se poser des questions sur sa place ici, sur son utilité, sur ses valeurs, ses certitudes? Pour revenir à du pragmatique comme je m’égares sur des chemins obscurs, en termes de course à pied très pratiquement, tout le monde n’a pas les qualités rédactionnelles pour tenir un blog sportif, ou oserais-je le dire, puisque je m’inclus dans le lot, la prétention nécessaire pour se livrer à une telle mise en avant de soi. Là encore pas de jugement, ni reproche: une simple constatation. Tout le monde ne sait pas, n’ose pas, n’a pas le temps de tenir un blog lui permettant de trouver éventuellement d’autres brebis égarées ou copains de route au sein d’une communauté virtuelle. A l’identique, nombreux sont ceux qui n’oseront jamais pousser la porte d’un club par peur ou excès d’humilité.

C’est là où les gens de Good People Run ont pour moi soulevé un point intelligent et foncièrement humain: comment créer du lien de façon extrêmement simple, rapide, en quelques minutes, sans plus d’investissement chronophage,  entre des gens, souvent de bonne volonté mais fragiles, tenaillés par la honte, la peur voire la procrastination?

Les idées les plus simples sont souvent les meilleures. Il s’agissait de mettre à disposition un outil et laisser les gens pas à pas, créer de petits groupes. D’abord modestes, sans effusion, mais créant du lien néanmoins.  Et ironie du sort, voici une anecdote. Je suis, comme vous le savez, ambassadrice pour ce site. Ce qui signifie pour en revenir à notre analogie religieuse que j’ai la foi en leur action. Un autre ambassadeur croyant de son état, fut choisi sur Paris. Un soir, celui-ci a pris l’initiative audacieuse de saisir son clavier pour me proposer d’unir nos forces et notre inexpérience pour organiser une première sortie. Après tout, faire la messe ne s’improvise pas ! J’ai évidemment accepté avec joie cette proposition ouverte et positive et c’est alors que nous avons réalisé que nous habitions très exactement à… 177 mètres l’un de l’autre. Dans une ville comme Paris. Qu’il allait s’entrainer dans le même bois et connaissait un stade éclairé et parfait à 2 kilomètres alors que je me turlupine depuis des semaines à en trouver un à proximité. En une inscription de 5 minutes, une présentation qui n’en demande pas davantage, j’avais trouvé un compagnon d’entrainement. D’autres propositions devaient suivre, toutes aussi aisées et simples. Comme une évidence affamée.

Alors certes, j’entends d’ici les remarques vaguement désabusées. Vous me direz, comme pour les sites de rencontres amoureuses,  » ça arrive aussi dans la vraie vie, tu aurais pu le ou la croiser dans le bois !« . Oui. C’est vrai. Mais soyons francs un instant. Je fais du sport, je ne cours pas en escarpins et je ne fais pas étalage de mes maigres ressources intellectuelles à cette occasion. Qu’il s’agisse de rencontrer une copine ou un copain, avec nos bonnets, nos écouteurs, nos plans d’entrainement, franchement : quelle probabilité pour que nous parlions? Quelle probabilité pour que cela arrive « dans la vraie vie »? Précisément car faire du sport ne s’inscrit pas dans une démarche de « rencontrer » quelqu’un. On sourit tout au plus aux autres coureurs qu’on voit en difficulté, et l’affaire s’arrête là.Pourtant cela ne signifie en rien que nous n’aimerions pas de compagnie, au moins de temps en temps, simplement, chacun se contente de sa solitude, ne souhaitant ni se priver d’un moment de liberté pour soi, ni importuner un ou une inconnue qui semble ne pas en vouloir davantage.

D’ailleurs pour en finir avec cet argument fallacieux de « rencontre réelle vs virtuelle », en quoi les deux propositions seraient-elles d’ailleurs antinomiques ? Je peux toujours rencontrer une co-équipière au stade la semaine prochaine. Le lien reste et demeure réel, quel que soit le biais qui permet de l’instaurer.

A ce titre, je vous proposerai donc dans ce billet et pour conclure sur du concret, pour essayer de créer du lien la chose suivante.

Si vous passez par là, de venir nous rejoindre le samedi 9 février à 10H Porte de Saint-Cloud, pour courir certes, mais surtout nous rencontrer, dans la vraie vie, pour rencontrer d’autres personnes peut-être elles aussi en quête d’un ou plusieurs compagnons de route, surtout sur cette route hivernale, pour s’engager pour soi mais aussi ensemble, dans une épreuve solitaire et commune, tendre à un objectif intime mais aussi partagé et profiter dans le présent, dans le réel, de la présence de l’autre, en lieu et place de nos identités confinées derrière nos écrans. C’est gratuit, bénévole et simple. Il vous suffira juste de faire le premier pas: venir. La vie, Jeremy et moi se chargeront du reste 🙂

Enfin…Good People Run, en français « les gens biens courent »…Que penser de cela?J’en suis arrivée à cette conclusion qui vaut ce qu’elle vaut et n’engage que moi. Courir c’est d’abord une discipline, un contrat moral passé avec soi-même, une promesse qu’on se fait de se tenir à quelque chose, avec ou sans objectif à la clef. Il y a donc l’intention de ne pas s’abandonner, ne pas se trahir, et respecter sa parole. Soi Vs Soi-même. Et ce chemin parcouru, cette réalisation de soi permet sans doute d’acquérir une confiance intime, de mériter sa propre estime et alors, pourquoi pas s’aimer davantage. Or, en développant ces qualités nécessaires et incontournables, on comprend peu à peu que ce sont et seront les  mêmes qui demain, nous permettront d’être des gens biens vis à vis des autres, de nos amis, nos familles, les gens auprès de qui nous nous engageons.

La course à pied propose à l’homme de se confronter à lui-même pour qu’il découvre la mesure de son courage et l’estime de lui-même. La course à pied peut permettre à des gens en questionnement de trouver des réponses et qui sait, un jour, pouvoir se regarder en face dans la glace le matin, quel que soit le temps au marathon, quel que soit l’équipement, et se dire : une fois encore, j’irai à mon entrainement, qu’on m’y attende ou pas, car moi je ne me décevrais pas, je ne me décevrais plus. Des gens « bien » qui courent après l’amour, la vérité, la paix, sont légion dans le monde. Car Courir n’est pas à restreindre finalement au seul fait d’utiliser ses jambes pour avancer. Il s’agit, je pense de « courir après quelque chose », une quête de sens, une volonté farouche « d’avancer ». Il faut parfois trouver un infime moment pour se poser, savoir après quoi on veut alors précisément courir, et puis tenir, résister, endurer. Et saisir les opportunités.

Aussi, au plaisir de vous rencontrer.

GoodPeopleRun2

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3 réflexions sur “Relegere Vs Neglegere

  1. Je me reconnais bien dans ton récit ! J’ai débuté la course à pied, un peu par hasard, ne pensant pas qu’elle m’apporterait ce qu’elle m’apporte aujourd’hui. Petit à petit, elle s’est installée dans ma vie et m’a réconciliée avec ma vie. Je retrouve l’envie, le plaisir, la confiance. Je me surprends passionnée, je me découvre une force que je ne soupçonnais pas. Ces rendez-vous avec soi-même, ces promesses que l’on se fait…je partage, c’est tout à fait ça.
    Courir pour le plaisir. Le plaisir de se surpasser, le plaisir de trouver cette force insoupçonnée, le plaisir de se challenger, le plaisir de partager, le plaisir de rencontrer d’autres passionnés.
    A très vite ! 🙂

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