Vol de nuit

Avant Propos Hors Sujet

Tout d’abord, un peu d’auto-promotion et gonflage intempestif de chevilles. Je suis publiée pour la première fois dans le très sérieux et non moins très sympa magasine Zatopek. Si vous ne le trouvez pas en kiosques, notamment en province, il est toujours possible de le commander en ligne. J’y signe un modeste sujet de deux pages, relatif aux causes charitables soutenues par les coureurs à pied. Pour les prochains numéros, je participerai également mais je vous laisserai la surprise de découvrir les sujets retenus…Tout ce que je peux vous dire dès à présent, c’est que ce sera vraiment très chouette !-Et vous voilà bien avancés, assurément 😉

Par ailleurs, je profite de cet avant propos pour redire que dimanche prochain, je cours le semi marathon de Rueil-Malmaison, la ville de mon enfance, en famille et sans objectif si ce n’est de courir 21 kilomètres, et ce grâce à l’invitation gracieuse de l’organisation, par le biais de la très aidante Runnosphère ! Merci à tous  pour cette joyeuse opportunité. J’y retrouverai entre autres le grand patron survitaminé de la Runnosphère, l’ami Grégory.

Enfin, j’ai récemment fait l’acquisition d’une paire d’Adizero Adios de première génération, sur ce site de déstockage bien fourni. Les chaussures sont arrivées sans encombre, dans leur boite d’origine, sous 48H, en parfait état et j’ai donc pu le soir même aller les essayer dans le bois de Vincennes. Une réelle sensation de légèreté, une fluidité impressionnante, vraiment l’impression d’aller plus vite: ce qui n’a pas été démenti par ma montre Garmin comme celle-ci m’a révélé que j’avais, de fait, pu courir à plus de 11kms/heure pendant une heure. Vous me direz qu’il ne s’agit pas là d’une performance inouïe, même pour une toute petite souris, mais je dois confesser honteusement que depuis ma reprise en janvier dernier, je me suis mal entrainée, courant en moyenne 120 kilomètres par mois, à un rythme très doux. Et qu’en outre, je suis partie 3 semaines en Inde, ce qui n’est pas l’endroit le plus opportun pour faire des fractionnés…Si bien que 11kms/heure, c’est déjà bien, au regard des ressources actuelles, CQFD.

Et sur ces tergiversations décousues, venons en donc au fait.

Vol de nuit

Hier soir, je suis allée courir à 22H. En traversant la ville déserte pour rejoindre les allées du bois de Vincennes, je ne m’attendais à trouver personne. Il me faut tout de go préciser ,afin de vous rassurer, que je ne cours pas exactement dans le bois à la nuit tombée. Les faits divers rabâchés inlassablement dans les médias ont eu raison de mon enthousiasme originel et la crainte, après quelques bonnes frayeurs en outre expérimentées personnellement, a finalement pris le pas sur ma foulée: je me contente désormais de courir en bordure de bois, sur les voies cyclables qui longent aussi la route éclairée.

Bien que je ne rentre donc plus dans la forêt, l’odeur des arbres déborde sur les allées adjacentes. La journée passée semble comme transpirer sur le macadam chaud et le vent léger agacer malicieusement les feuilles. J’ai coupé la musique convenue de mon iPod pour écouter cette surprenante et discrète mélodie. Et puis, alors que je ne m’attendais à croiser aucune âme, j’ai vu des silhouettes arpenter furtivement les bois en trottinant, et d’autres  me dépasser sur les chemins de goudron. Moi-même, j’en ai dépassé quelques unes. D’abord étonnée, j’ai fini par quitter le vide et la torpeur qui m’habitent souvent lorsque je cours- un de mes rares moments de lâcher prise face au réel– pour me demander ce qui poussait ces gens hors de chez eux, si tardivement pour venir courir. Il y a celle qui sort son chien pour sa dernière promenade, pour celle-ci, la motivation est assez évidente. Mais que penser de cet homme entre deux âges, visiblement peu entrainé, qui traîne la patte sur le chemin et souffre dans l’obscurité? A quoi pense celui d’une trentaine d’années, le physique avenant, qu’on imagine courtier en finances et plus volontiers à un « after work » en costume couteux qu’en short élimé en train de réaliser des accélérations poussives? Et que dire de cette femme la mine fatiguée mais néanmoins souriante, qui murmure une chanson dont elle semble connaitre par cœur les paroles alors qu’elle court d’un rythme régulier, insouciante comme si nous étions un dimanche matin d’été?Et quid de ce couple silencieux qui me dépasse d’un frôlement rapide de tissu? Et ce jeune homme qui hésite entre courir et consulter son téléphone visiblement plein de messages très importants?

Il fait un peu froid maintenant, l’humidité est rapidement tombée, les voitures se font plus rares sur la route, le silence recouvre chaque chose et c’est comme si toutes ces personnes s’étaient alors entendues pour faire corps avec ce moment suspendu, comme si chacun n’était qu’un passant discret, le plus inaperçu possible, comme pour ne rien déranger, ne rien troubler, ne plus rien abimer. D’ailleurs personne ne se salue et loin d’en ressentir une quelconque amertume, une sorte d’accord tacite invite en réalité chacun au silence. Certains adresseront un regard entendu teinté d’un vague sourire, d’autres préfèreront rester dans leurs pensées. A cette heure là, pour les coureurs de la nuit, les conventions sociales n’existent plus, ou du moins la liberté prend-elle alors le pas. Au fond, pour sortir à cette heure, sans doute faut-il une bonne raison. Une raison qui se suffit assez à elle même pour ne pas souhaiter penser à davantage.

Je songe à ce que l’on laisse derrière soi lorsque l’on court, ce à quoi on tente d’échapper imperceptiblement. Je pense à ceux qui ont eu une simple mauvaise journée. Je pense à ceux qui sont plus sérieusement dans une mauvaise passe. Je pense à ceux qui, plus profondément encore, ont besoin de cette échappée là. Certains se seront peut-être brouillés avec leur conjoint, d’autres n’auront peut-être plus de conjoint, d’autres penseront à leur travail ou celui qu’ils attendent, et puis d’autres encore n’auront finalement pas trouvé le sommeil. A chaque individu son histoire, mais sans doute chacun partagera alors un but commun, bien que unique et particulier, un but hors de lui, que seule l’action pourra porter. Alors je repense étrangement à Vol de nuit et ces hommes qui livrent le courrier quoi qu’il arrive. Je repense à la solitude, si magistralement décrite par ce livre. Et j’accélère un peu ma course, sur les chemins de poussières qui me ramènent finalement chez moi, laissant à leur solitude volontaire les silhouettes à jamais inconnues et refermant ainsi le livre de mes propres errances.

Jusqu’à ma prochaine sortie de nuit.

 

 

 

 

Publicités

4 réflexions sur “Vol de nuit

  1. il m’a bien eu cet article.
    Au départ il partait assez simplement, avec des petites nouvelles et du texte comme je sais écrire (on se verra surement à Rueil d’ailleurs)

    Ensuite je me suis doucement mais surement laissé emporter dans ton bois, en silence, avec l’odeur et les bruits de la forêt avec une furieuse envie de courir !

    Vivement demain matin que j’aille courir dans saint cucufa. Il y fera nuit…

  2. La souris est de retour. Et avec un bien bel article comme toujours.
    Tu sais si bien nous emmener dans ta douce poésie ! Et c’est toujours avec le même plaisir que je me laisse guider.

  3. Tu sais que j’ai pensé à toi mardi soir ?
    Je suis allée faire mon footing de récupération sur les allées qui longent le bois de Vincennes. Et j’ai senti cette odeur, cette fraîcheur qui vient de la forêt. C’était tellement agréable ! J’aurai aimé pouvoir m’aventurer dans les sentiers, c’était tentant ! Mais pour les mêmes raisons que tu évoques ici, je suis restée visible.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s