Persévérance

Un petit moment de silence.  En écho à mes sorties tout aussi silencieuses, dans la forêt- ma spectatrice discrète.

Persévérer. Insister. Persister. S’entêter.  Aux heures grises du matin et aux heures humides du soir, malgré le vent dehors ou le vague à l’âme, les douleurs du corps, les doutes et les faiblesses, je m’arrache du sol à pas comptés. Quelques instants en suspension, quelques fractions de secondes de liberté avant de retrouver le sol, dur, poussiéreux et lourd. Parfois, je rêve que j’ai des foulées de dix mètres de haut. Juste pour m’arracher plus longtemps à la pesanteur du réel. Et faute de mieux, j’accélère. Je me souviens du chemin parcouru, déjà. Plus intéressant encore, je me souviens du temps où je n’aimais pas courir seule. Aujourd’hui, je contourne les chemins fréquentés, j’aime mieux entendre le bruit de mes pas que les conversations des autres coureurs. N’allez pas croire que je suis devenue suffisante, simplement, en cette occasion, je me suffis. Le silence mérite parfois davantage de concentration que les paroles. J’ai remarqué cela depuis que je chemine seule.

La semaine dernière, non pas hier, mais le dimanche d’avant,  j’ai fait 30kilomètres en moins de 3 heures. 2H59 très exactement. Ne riez pas. Chaque seconde compte. C’est long 3 heures avec soi-même. Il faut avoir des choses à se raconter ou juste beaucoup de patience.

Depuis le début du mois, j’ai couru 145 kilomètres. Ne riez pas, chaque mètre compte. Déjà plus de 1168 kilomètres depuis octobre dernier, où je me suis lancée dans ce projet un peu fou de courir 42 kilomètres, alors que je n’en avais pas fait autant dans toute ma vie auparavant. Aujourd’hui, mine de rien, le temps a passé.

Quand on est rendus plus loin du départ que de l’arrivée, on ne change pas son cheval au milieu du gué.

Ce n’est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes œuvres disait Samuel Johnson. Dans un peu plus de deux mois maintenant, je saurai s’il disait vrai.

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24 réflexions sur “Persévérance

  1. combien de fois le départ a été difficile alors que le jour était sur le point de se lever…
    alors j’ai pris mon ipod pour m’envoyer un booster bien rock dans les oreilles…

    Mais combien de fois j’ai posé le casque sur la nuque, et mis la musique en pause car elle m’empêchait d’écouter les oiseaux de la forêt 🙂

    ça passe vite 3 heures…

  2. C’est vrai que le temps passe vite. 3 heures c’est à la fois long quand on peine, mais aussi très rapide. Et puis le spectacle est partout, la lumière, les bestioles, les feuilles, le bruit, les odeurs, les gens malgré tout, qu’on croise, même rapidement. Je ne cours plus jamais en musique. Cela m’empêchait de respirer. Au sens propre, comme figuré.

    • 🙂 En fait, si on suit les règles, je ne devrais même pas faire un marathon avec à peine un an de course à pied dans les jambes. En théorie, il faut attendre au moins deux ans…Je crois donc qu’il n’y a pas de règle, en réalité. J’ai eu envie, besoin, de voir si je pouvais faire 30 kilomètres. Je n’ai pas eu mal après, du moins, rien d’exceptionnel. Je ne tire pas sur la bête, c’est à dire que je m’écoute, mais après je fais aussi en fonction de ce que je ressens. Je crois vraiment que la course à pied est une expérience très subjective, qui diffère grandement d’une personne à l’autre. Je ne suis pas accro aux plans d’entrainement, au bon régime, j’essaye de faire avec bon sens et surtout que cela reste un plaisir. Les 30 kilomètres ont été faits dans cette optique de dépassement et de plaisir. C’était bien 🙂

  3. Eh bien je te souhaite que cet immense plaisir se poursuive au gré de tes contemplations ! Pour moi 3 heures c’est encore long, pas pour mon esprit mais pour mon corps (mon genou crie « repos » bien avant), mais je compte bien y arriver (et plus encore !) tout doucement.

    • Merci ! J’avoue que parfois je crains aussi pour mes vieux os et articulations, mais pour le moment, avec ma petite paire de semelles Décathlon, ça le fait ! Je croise les doigts.
      De toutes façons, 3heures, je ne vais pas bien vite non plus. J’ai le temps de regarder : )

  4. Superbe, j’adore ces réflexions ! J’aime courir à plusieurs pour la convivialité, mais j’ai aussi besoin de courir seule pour être avec moi-même, comme tu le dis si bien ! Bonne chance pour ton marathon ! Te voilà rassurée j’espère, avec cette loooonnnngue sortie à 10 km/h 🙂

    • Je t’avoue que je serai assez rassurée lorsque j’aurai atteint mon objectif…D’ici là, je me dis que d’une il reste 12 kilomètres, sans doute les pires et que mon idée est de faire du 10.6 kms/heure, pas du 10…Il reste donc du pain sur la planche et plein de raisons de se mettre la rate au court-bouillon : ) [ j’aime cette expression désuète !]
      Mais oui, c’est psychologiquement un élément fort d’avoir dépassé la moitié de la distance à une vitesse, malgré tout, honnête, pour une semi-débutante. Je compte sur l’effet « évènement » le jour J pour me porter aussi un peu, juste un peu : )
      Nous le saurons bientôt ! : )

      • Mais tu sais que tu ne dois pas courir le marathon avant le marathon quand même ? 😉 Bien sûr, ça rassure, mais ça n’apporte rien, bien au contraire …
        Pour te donner une idée, j’ai couru un marathon en 4h02 (soit 10,5 km/h, pas très loin de ton objectif), avec des sorties longues de maxi 2h15 à 9 km/h ! Alors tu vois, tu as bien de la marge 🙂

      • Voila qui me met du baume au cœur 🙂 Mon 3H59.59 n’est peut-être pas si loin de mes pattes 😛

  5. Alors pour moi, c’est la première fois que je passe par ici. Et je dis respect ! Respect dans l’écriture, respect dans l’effort mais je rejoins Rasmette même si tu cours à l’instinct en écoutant ton corps (et ton âme) c’est beaucoup trop.
    A bout d’un moment ces endorphines que nous générons tous, nous rendent un peu trop euphoriques !
    Alors je dis prudence surtout à l’approche de ton objectif…

    • Ne t’inquiète pas, étant un petit rongeur, mes endorphines ne durent pas 3 heures 😉 Aussi, si je « tiens » aussi longtemps, c’est que je ne vais pas au delà de mes limites. Il n’y a jamais d’obligation, je me suis vue partir en me disant « je ferais bien 20 bornes » et au final n’en faire que 12, voire moins. A l’inverse, il m’arrive de partir en me disant, « aujourd’hui sortie longue » et je vois comment je me sens au fur et à mesure. « Longue » c’est subjectif 😉 J’ai commencé les sorties à 20 kilomètres le dimanche il y a de cela un bon moment, presque vers le début de l’année, soit 3 mois après commencé à courir. Au départ, c’était très dur ( surtout mon ventre qui me faisait de bien vilains tours de cochon!). Mais peu à peu, j’ai monté progressivement la distance et aujourd’hui, en général, je ne sors pas pour moins de 15 kilomètres, même sur une sortie normale ( hors fractionnés, bien entendu). Je me suis trouvée un petit parcours varié, une boucle de 4 bornes, que je fais deux fois, plus le temps d’aller/me rapatrier dans mon trou, ça fait entre 15 et 17 ( les 2 derniers kms, je suis à 9kms/h, juste pour redescendre tranquillement le petit cœur).
      Et puis, c’est vrai, ce que tu mentionnes est juste: il y a toujours la composante « risque ». Bien sûr, on risque de se blesser, on risque toujours à partir du moment où on fait. Mais dans le même temps, je vois des gens autour de moi qui respectent tout bien, les semelles orthopédiques, le temps, la distance, la surface de course, les vêtements adaptés, et qui se blessent. Néanmoins. Je crois un peu au destin pour le coup, sans faire n’importe quoi. Chacun a son heure. J’ai eu des blessures au début, j’ai des douleurs parfois, j’ai envie de dire: nous verrons. Le jour J, peut-être qu’il y aura un revirement, un claquage, un truc trop con, trop dommage, trop tout, ou pire tiens, pile la semaine d’avant. Je vais faire au mieux pour que ça n’arrive pas. Mais c’est aussi l’ironie de la vie. On ne décide pas de tout. Je me dirais alors, comme je disais à Philippe plus haut, que ce qui compte au final ce n’est pas tant le marathon et ses quelques heures, c’est le chemin et toutes les autres heures. Merci pour ton petit mot, au plaisir de te lire à mon tour : )

  6. Tu tiens le bon bout (de fromage) !
    Moi ça me plait bien cette philosophie, j’en ai d’ailleurs discuté avec Stan, d’avoir un plan en tête sans vraiment le suivre en s’autorisant à remplacer la séance au seuil du lendemain par un fractionné ou un fractionné par un footing à la cool. Le marathon « final » c’est le prétexte pour se faire plaisir pendant tous ces mois de préparation 🙂

    • Voila… Ce qui compte, c’est le chemin. Le marathon ne dure que quelques heures. Rien, au regard de toutes les autres…:)

      • Les longues heures de sortie sont en effet bien peu à coté de (moins de ) 4 heures de course qui t’attendent…

        Et du coup je trouve qu’on en revient au « train hard, win easy… »

        D’ailleurs en regardant un peu en arrière du coté de mon unique grosse expérience, j’ai pris autant, voire plus, de plaisir à « m’entraîner » qu’à faire ma course.

        Ce sont 2 choses bien différentes. Et même si je fais des séances parfois dures, j’aime pas trop le mot « entraîner » que je n’associe pas à la notion de plaisir.

        Ta persévérance te conduira bien à ton objectif, même si dans quelques jours / semaines elle sera mise à mal.
        Tu pourras revenir lire les commentaires, accrocher ton dossard et boucler ce marathon !

      • Oui, c’est juste ! Et aussi ma page de collecte de fonds, pour la petite association que je soutiens. C’est simple, mais courir « pour » une cause, ça ajoute une donnée supplémentaire. Je sais qu’à moins d’un claquage, ou un truc vraiment du domaine de la force majeure, si c’est juste de la douleur « normale » et/ou du mental, j’irai au bout. Même à 4 pattes, en griffant le sol avec mes griffes et m’agrippant aux rambardes avec ma queue! 🙂

  7. Très joliment écrit et tellement vrai!
    Je préfère aussi courir en solitaire. Ces moments avec soi sont indispensables. Ils m’ont beaucoup apporté et continuent à m’apporter. Je n’abandonnerai pas ces moments privilégiés avec moi. J’ai besoin de ces sorties pendant lesquelles je pense, rêve, organise et refais ke monde 🙂
    Bravo pour ton très joli texte !
    Et ton 42km tu vas le faire! Tu es prête !! 2h59 pour 30km, moi je dis « bravo »!

    • C’est gentil, merci ! Il reste encore des coups de collier à mettre. 4H, voire 3H59, c’est 10.6 pendant 42 bornes…On y est pas…Enfin, je ne sais pas, j’ai pu voir que lorsqu’on fait une course, on trouve des ressources inespérées. CF les 10kms que j’ai fait. A L’entrainement, je fais mes 10 bornes en 55/56 minutes, alors que là, 51. Donc, peut-être que l’effet « marathon » jouera un peu, que le mental va un peu m’aider. Mais je ne compte pas dessus et j’aimerais bien qu’il cesse de pleuvoir pour aller courir ce soir, par exemple !!! : )
      A te lire.

  8. Ça commence toujours comme ça… un pas après l’autre et petit à petit, on se retrouve à faire des choses que l’on aurait même pas penser/imaginer faire un jour !

    Continue comme ça… le marathon ne sera qu’une formalité…

    Et si je me réfères à tes débuts, y a que nos « felicitations » qui peuvent t’encourager à chausser tes runnings, encore et encore, et on l’espère, pour longtemps encore !

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